Les pays du Sud présentent des attraits nombreux pour les touristes occidentaux. Les prix, généralement très bas, s’harmonisent parfaitement avec le spectaculaire des paysages qu’on peut y retrouver, avec aussi une bonne dose de soleil et de chaleur. Si pour les Nord-américains, l’Amérique du Sud et les îles d’Amérique Centrale représentent souvent les plus grands centres touristiques, les Européens sont le plus souvent attirés par les attraits des pays d’Afrique du Nord, notamment la Tunisie.
En plus d’être un ancien protectorat français (situation qui demeurera pendant 75 ans, entre 1881 et 1956, alors que le pays devient indépendant), la Tunisie offre une proximité géographique attrayante pour les tours opérateurs et autres membres de la formidable industrie touristique (on peut trouver des vols aller-retour pour moins de 300 €). Qui plus est, tant son climat (méditerranéen le long des côtes et désertique plus au sud et à l’intérieur des terres) que la relative bonne ambiance politique du pays sont des facteurs qui moussent l’intérêt des promoteurs touristiques envers ce pays qui, par définition, exalte l’exotisme et la découverte.
Mais qu’en est-il vraiment? Derrière le masque de magnifiques plages, de déserts mystérieux et de sites archéologiques riches en histoire demeure la réalité d’un pays d’Afrique, pays qui s’engage de plus en plus sur la voie de la privatisation et de la libéralisation alors que sa population n’est pas nécessairement en mesure actuellement de suivre cette cadence. Derrière la simplicité publicitaire se cache donc des réalités beaucoup plus complexes et délicates. Cette simplicité, concept marketing non innocent, est donc avant tout orchestrée de façon à faire mousser les produits touristiques qui représentent tout de même l’un des quatre principaux secteurs économiques du pays.
« L’idéal »
Le Maghreb est une destination mythique pour les occidentaux. D’un côté il reflète de magnifique, quoi que mystérieux, déserts arides mais réconfortants (où les couleurs jaunes et oranges auraient la part belle contrairement aux autres déserts africain qu’on imagine plutôt grisâtres), de l’autre l’abondance de plages immenses, presque désertes, bordées d’une méditerranée chaude et accueillante. S’intègre parfaitement à ce rêve des espaces apaisants la turbulence des marchés, ces « souks » qu’on dit abordables où le marchandage est père du respect.
Le Maghreb c’est aussi les dromadaires (et autres chameaux) et leurs marchands typiques, de même que le culte des « sports du désert ». Ainsi, il est en Tunisie une véritable industrie du « Méharées », où les 4x4 de type Jeep, chevaux, motos, VTT et, évidemment, dromadaires tiennent une place de choix, défiant sans cesse les limites du désert au profit de touristes aventureux. Ce dernier, prêt à affronter les éléments les plus extrêmes, se lève bien tôt pour profiter de la fraîcheur du matin et préparer l’expédition. Sur place, au cœur du désert, il croisera les oasis paradisiaques dont il a tant entendu parler, en profitera pour côtoyer les nomades du désert, toujours hospitaliers et prêt à partager, autour d’un feu sous le ciel noir et froid d’une nuit désertique, un couscous avec le chamelier amateur, exténué mais heureux de son intrépide journée.
La Tunisie, comme le reste de l’Afrique du Nord, est aussi le berceau d’une riche culture archéologique. Des ruines de Carthage, cliché arrêté dans le temps, où se côtoient habitants contemporains et ruines datant d’autres millénaires, image de la grandeur d’une ancienne citée phénicienne, de la présence Romaine sur le pourtour Sud de la Méditerranée, d’un port militaire imposant, de temples, sanctuaires et thermes millénaires transposés dans une luxueuse banlieue moderne et pimpante. Contraste exotique et déroutant, il est l’un des forts symboles de ce Maghreb en ébullition qui concilie avec brio la modernité et un riche héritage historique ancestral.
La Tunisie est aussi, comme les autres destinations du Maghreb, un pays où diverses facilitées s’offrent aux femmes, quelles soient occidentales ou locales. Les Tunisiennes étant libres, elles peuvent circuler, travailler et communiquer comme bon leur semble. Il en va de même pour les femmes occidentales, qui, sur place, bénéficient des mêmes droits en plus d’avoir certains attraits supplémentaires pour les locaux, ce qui n’est pas désagréable. De plus, la Tunisie offre une gamme de médecins extrêmement bien formés, offrant une palette de soins complète…et même plus ! Car la Tunisie est maintenant devenu l’eldorado du bistouri grâce aux très nombreuses cliniques offrant, souvent à la moitié du prix en vigueur en France, diverses chirurgies visant à améliorer le corps de patientes et patients toujours plus exigeants. Ces chirurgies plastiques, intégrées dans des formules tout en un incluant l’hébergement de luxe dans des hôtels cinq étoiles, quelques jours de vacance au soleil et l’opération tant désirée, se font dans des conditions n’ayant strictement rien à envier aux plus grandes cliniques Européennes, au contraire.
« Le Réalisme »
Oui, la Tunisie est riche en histoire, en culture, en paysages et en soleil. Il ne faut toutefois pas oublier que le tourisme se fait souvent au détriment des spécificités locales. Ainsi, les tours opérateurs, souvent propriété de grands groupes Européens, ne se gênent pas pour ne pas planifier à long terme une intégration saine de leur industrie dans l’économie locale.
Si les paysages sont à couper le souffle, ils demeurent obligatoirement dépendants de leur respect. L’industrie touristique est une consommatrice incroyable de richesses hydrologiques. Ainsi, à cause notamment des nombreuses piscines mais surtout des habitudes de vies typiquement occidentales, le touriste moyen consommerait 300 litres d’eau par jour en Tunisie, un chiffre remarquable quand on le compare à la consommation normale d’un indigène qui, lui, consommerait en moyenne 50 litres d’eau par jour. Cette réalité environnementale se jumelle à l’importante industrie agricole qui, se modernisant, tente de plus en plus de s’étendre sur le sol cultivable. Industrie agricole fragile d’ailleurs, dépendant en grande partie du marché Européen, comme de nombreux secteurs de l’économie Tunisienne d’ailleurs.
Les sports associés au tourisme en sol Tunisien sont aussi source de problèmes. Le désert, quoi que faiblement accueillant, est tout de même l’hôte d’un équilibre écologique que la présence humaine peut fragiliser, en plus évidemment de l’argument polluant de certains types de véhicules utilisés (quoi qu’on soit loin du Paris-Dakar). C’est cependant sa tendance à gruger les terres cultivables et à s’étendre qui pose problème, moins en Tunisie que dans d’autres pays d’Afrique, comme quoi ce Sahara n’est pas aussi glamour qu’on veut bien le croire.
Les sites historiques sont aussi les hôtes d’un important phénomène de pillage (surtout les sites sous-marins), où les touristes (mais aussi de possibles groupes plus organisés) ne se gênent pas trop pour rapporter avec eux un « échantillon d’histoire », quitte à dégrader une partie du patrimoine du pays (et commettre un acte illégal). Mais les sites archéologiques ne sont pas tout. Le patrimoine bâtit Tunisien ne s’arrête pas avec l’arrivée de Jésus Christ. Depuis, de nombreuses constructions, en tout genre, méritent l’attention, parmi lesquelles, les plus pauvres. Car voilà ce que l’industrie touristique tente à tout prix de biffer et masquer aux yeux des Européens et autres occidentaux : la Tunisie est un pays pauvre, où le PIB par habitant n’est (quoi que pas extrême si on le compare avec certains pays encore plus pauvres) pas très élevé et où les richesses ont une terrible tendance à fuir. Les quartiers riches côtoient les quartiers très pauvres à la manière typique d’un pays du Sud, pays où la dualité nargue les moins nantis, condamnés à vivre dans des conditions de misère ou laisser s’ingérer en eux la criminalité et la drogue (quoi que la drogue ne soit pas nécessairement un gros fléau en Tunisie, la police veillant au grain).
Quant aux femmes, l’apparence de liberté n’est pas tout à fait fausse, il serait cependant faux de nier qu’une quantité importante de femmes vivent sous l’égide de règles très conservatrices (volontairement ou non) au pays. Les femmes occidentales, ces « gazelles », sont vues comme, justement, libérées et très ouvertes, ce qui serait un attrait pour les hommes. D’ailleurs, il est de plus en plus courant, en Tunisie, de voir se développer une certaine forme de tourisme sexuel, quoi que peu comparable avec les problèmes qu’éprouvent des pays comme Cuba.
Finalement, les forfaits « tout en un » de chirurgies s’adressent aux occidentaux, les indigènes n’ayant souvent pas les moyens de se permettre de telles dépenses. De plus, le suivi médical n’est pas assuré et le phénomène, nouveau, peu réglementé.
Il est donc toujours essentiel de garder en tête que rien n’est noir comme rien n’est blanc. Les nuances marketing n’existent pas, la vente d’un produit passant obligatoirement par l’obligation de faire miroiter de fabuleuses propriétés au lieu qu’on veut vendre.
Ce qu’on peut considérer comme extraordinaire dans cela, c’est que personne n’est réellement dupe. Tout le monde sait pertinemment que la réalité n’est pas celle des agences de voyages. Le touriste est donc toujours un peu volontairement aveugle, aveugle des retombées que son séjour aura sur les populations locales, aveugle des conséquences de ses activités touristiques sur une économie « dénaturée » par sa présence et aveugle des réalités politiques et sociales du pays visité. Mais n’est-ce pas là le propre même du tourisme ? Fuir la réalité et rêver, l’espace de quelques jours.
 |
Discussion dédiée
Consultez la page de discussion traitant de cet article et postez-y questions et commentaires!
Voir le forum |